Observatoire du Dialogue
et de l'Intelligence Sociale
La raison la meilleure
devient la plus forte
?

Faut-il et comment construire une société à la fois plus juste et plus performante ?
Synthèse du Forum Citoyen de Chateau-Gontier du 27 octobre 2003

Réformer la société nécessite de passer par trois étapes indispensables : se fixer des objectifs, réaliser un constat approfondi, imaginer des solutions nouvelles à travers des processus participatifs. L’enjeu de la réforme, dans notre société de plus en plus complexe, est donc d’organiser la participation des citoyens, de montrer à tous qu’il y a des possibilités pour s’engager et prendre la parole : les conseils municipaux, les Jeunes Chambres Economiques, les Conseils Economiques et Sociaux, les associations, le monde politique, ... Cela suppose d’ouvrir ces lieux à tous, d’inventer des méthodes pour qu’un plus grand nombre de personnes participent.
Il faut par ailleurs arriver à réformer notre pensée collective, sortir de la pensée de l’urgence et du court terme et redonner du sens à la valeur « travail », au goût de l’effort.
Enfin, une réforme viable de la société suppose la définition d’une vision partagée et de valeurs communes.

 

Une société de plus en plus complexe

L’accélération du progrès, la mondialisation et la multiplication des interactions entre tous les domaines rendent la société et le monde en général de plus en plus complexes. Dans ce cadre, les problèmes de société deviennent eux aussi de plus en plus complexes. Pour faire face à cette situation, deux types d’approches ont été proposées par les participants. Pour les premiers, pour répondre à cette complexité croissante, les méthodes de réflexion et de résolution des problèmes doivent être de plus en plus sophistiquées, il faut pouvoir imaginer des solutions qui dépassent les modèles connus.
Pour d’autres, au contraire, c’est avec des règles simples que l’on arrive à bout des situations complexes. « Pour penser la réforme il faut réformer la pensée » a rappelé une intervenante en citant Edgar Morin. De son point de vue, il est aujourd’hui impossible de trouver des solutions globales, il faut définir et mettre en ½uvre une multitude de solutions, que chacun agisse là ou l’on se trouve, à son niveau. Il faut arriver à mettre en ½uvre, a-t-elle ajouté, des actions simples, sans vouloir à tout prix les charger de valeurs. Il n’existe pas une solution à chaque problème, mais de nombreux éléments de solution, et c’est le lien entre tous ces éléments qui donne la voie à suivre.
Un proviseur de lycée a fait remarquer que face à la complexité, notre société a tendance à se rabattre sur la dimension technique. La « technicisation » à l’½uvre dans tous les domaines permet à certains dirigeants d’éviter de parler du respect, des valeurs, des relations humaines, qui sont des dimensions délicates à manier. A force de vouloir mettre en place des critères, des indicateurs, des mécanismes, des modes de fonctionnement objectifs, rationnels, mesurables, sans failles, on en arrive au nom de la science à masquer l’homme. L’Education Nationale vit cette situation au quotidien. La société fait le constat d’une perte de civisme chez les jeunes, on entend aussitôt partout qu’il faut réintroduire des cours d’éducation civique « comme avant » à l’école. Mais, indique ce proviseur, c’est plus dans une pratique et un discours quotidiens que dans des cours d’instruction civique que l’on donne des repères aux enfants. Il semble que cette idée ne soit pas partagée par tous : l’Education Nationale devient ainsi de plus en plus un formateur de techniciens du savoir et de moins en moins un formateur de valeurs. Or pour être capable de s’adapter au changement et à la complexité, la technique ne suffit pas : les valeurs constituent les repères qui permettent de faire les bons choix dans un monde en mouvement.
Face à cette société qui évolue rapidement, les citoyens ne sont pas tous les mêmes. C’est pourquoi il est nécessaire, ont indiqué plusieurs intervenants, d’écouter tout le monde, tous les points de vue, pour comprendre les causes et pas seulement les conséquences des problèmes.
Les gouvernants s’ils veulent réellement résoudre les problèmes et faire évoluer la société se doivent d’écouter la base, de donner la parole à tout le monde pour avoir une perception de la moindre réalité, de garantir un ascenseur d’écoute allant des personnes exclues aux familles les plus aisées, des incultes aux savants, des quidams aux élus politiques en passant par tous les statuts possibles. Il faut savoir donner la parole à tout le monde et notamment aux jeunes a tenu à préciser l’un des participants, car même s’ils n’ont pas l’expérience, ils peuvent eux aussi avoir des idées, et ce d’autant plus qu’il s’agit de construire le monde de demain, dans lequel eux seront les principaux acteurs.

Le règne de l'urgence et du court terme


Dans le même temps, l’urgence et le court terme sont de plus en plus prééminents : tout se gère à court terme aujourd’hui, a indiqué un chef d’entreprise, que ce soit dans l’entreprise ou dans la sphère politique, le temps manque et l’on traite donc d’abord ce qui est urgent. L’écueil est bien sûr que l’on se contente de traiter les conséquences des problèmes et pas les causes. En ne voulant pas perdre de temps à faire un constat approfondi du problème pour en chercher et en traiter les causes, on ne fait que générer une répétition permanente des mêmes problèmes et donc, à long terme, une perte de temps et un gaspillage d’énergie.
La responsable d’une agence d’intérim a par exemple expliqué que contrairement à ce qui est communément admis, le chômage ne provient pas toujours d’un manque d’offres d’emploi par rapport à la demande. Il y a des secteurs dans lesquels il y a du travail mais pour lesquels on ne trouve pas ou peu de candidats. Elle a ainsi exprimé les difficultés qu’elle rencontre pour recruter dans le bâtiment et dans l’industrie, parce que ces secteurs, ou en tout cas les emplois proposés qui sont des emplois manuels, sont dévalorisés aux yeux des jeunes. Dans une société de l’image, du paraître et de l’argent, certains jeunes trouvent dégradant de travailler dans le bâtiment et préfèrent rester au chômage plutôt que d’accepter un emploi dans ce secteur. Il faut donc, a-t-elle indiqué, nuancer l’analyse qui est faite du chômage en France. Comme pour les autres domaines, il faut d’abord mettre les choses à plat, comprendre quels sont les véritables problèmes et d’où ils viennent, pour pouvoir apporter les réponses adéquates.
Par ailleurs, les hommes politiques, indépendamment de leurs idées et idéaux, ne font que passer, a relevé l’un des participants. Leurs projets ne sont programmés de façon viable que sur la durée de leur mandat, on ne peut ainsi pas conduire aujourd’hui une politique cohérente sur le long terme, avec de vrais idées citoyennes, des réformes de fond. Or, on ne peut pas faire évoluer la société avec des projets ponctuels, il faut s’extraire du règne de l’urgence et du court terme pour définir une vision et la décliner en actions concrètes à court, moyen et long terme.
La question de l’urgence ne touche d’ailleurs pas que les entreprises et les hommes politiques, a remarqué un intervenant, chaque individu dans sa sphère personnelle est également atteint par ce mal. Les français, a-t-il ajouté, ne prennent plus le temps de se parler, de se connaître, de s’écouter. Alors que la découverte d’autres personnes, d’autres points de vue, l’échange et le dialogue ne sont jamais une perte de temps. Le minimum de l’engagement citoyen c’est de donner du temps pour parler et pour écouter. Or une grande partie des français ne donne pas ce minimum d’engagement.
Pourtant, la question du temps est une fausse excuse, il ne s’agit pas de temps mais juste de choix, le choix de ne pas avoir de temps pour l’engagement citoyen. Beaucoup de personnes disposent de beaucoup de temps, d’autant plus depuis la réduction du temps de travail, mais elles gardent ce temps pour elles plutôt que d’en consacrer une partie aux autres.

Un désabusement général

Ce manque d’implication dans l’engagement civique, dans la relation aux autres s’explique notamment par un désabusement général ont indiqué plusieurs intervenants. « Pour que la justice existe, comme dans tout jeu de société, il faut que les règles soient claires et connues par tous, que les tricheurs soient punis et que ceux qui jouent bien et respectent la règle gagnent. Or aujourd’hui les règles sont devenues trop complexes, inaccessibles aux citoyens et inapplicables. Elles ne sont plus à dimension humaine. Aussi, on joue de plus en plus à qui perd gagne : si on joue bien et que l’on respecte les règles on se fait avoir, alors que les tricheurs, eux, gagnent sur tous les plans. ».
Ce constat désabusé a été partagé par une grande partie des participants. Pour certains, la situation est telle qu’ils estiment qu’il n’est pas possible de la faire évoluer. La seule solution pour sortir d’un système qui s’est progressivement perverti est selon eux de faire table-rase de l’existant, d’essayer d’imaginer la société que l’on souhaite, et de formaliser ce projet de société dans le cadre d’une nouvelle constitution.
Les participants ont été nombreux à faire le constat de ce sentiment général d’iniquité en France aujourd’hui. Beaucoup regrettent en particulier le fossé qui sépare en matière de justice les élites et les simples citoyens : « Plus on monte dans la hiérarchie et moins on a de comptes à rendre. Le gouvernement prend ainsi des décisions parfois lourdes de conséquences pour le contribuable sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit, alors que parallèlement, on exige des citoyens et des dirigeants d’entreprise, comme de la sphère publique de rendre de plus en plus de comptes. »
Les médias en mettant l’accent sur ce qui dysfonctionne dans la société entretiennent ce désabusement. A leur décharge, leurs choix de sujets ne sont que le reflet de ce qui fait de l’audience, de ce qui augmente les ventes, c’est-à-dire des attentes du public. Or le public dans sa grande majorité s’intéresse à ce qui relève de l’événementiel, de la crise et non pas à ce qui fonctionne bien ou à des réflexions de fond. Les participants ont ainsi regretté que les français en général, et les médias en particulier, tiennent un discours très négatif et très pessimiste sur leur pays et sur les français eux-mêmes, alors que le tableau n’est pas si noir, que beaucoup de personnes s’engagent et mettent en place des choses très positives. Un chef d’entreprise a ainsi noté : « Quand il y a un problème, les médias en parle. Quand on trouve des solutions, personne n’en parle. On voit un reportage au journal de 20 heures sur une entreprise qui va licencier 100 personnes, mais aucun journaliste ne se déplace pour comprendre comment on a réussi à créer ou redresser une entreprise et à éviter des licenciements ou créer des emplois. »

Une perte de sens de la valeur "travail"

L’assistance réunie à Château-Gontier a fait le constat d’une perte croissante du goût du travail. Cette évolution est sans doute liée au fait que beaucoup de personnes n’ont pas choisi leur travail ou en tout cas un travail qui leur convient, soit parce qu’ils n’avaient pas le choix, soit parce qu’ils ont choisi les avantages liés à ce travail plutôt que la mission qui leur était proposée.
Or, chaque métier comporte des contraintes. « Si l’on aime son métier, on passe outre, mais si on ne l’aime pas, tous les inconvénients vous submergent et deviennent insupportables. » Dans une société qui prône la recherche du plaisir, de la satisfaction immédiate, de la facilité dans tous les domaines (consommation, utilisation, …), les contraintes inévitables liées au travail, quel qu’il soit, conduisent ainsi certains à un rejet du travail, que ce rejet soit symbolique – baisse de l’implication – ou concret – inscription au chômage ou au RMI sans véritable recherche d’emploi.
Une responsable d’agence d’intérim a ainsi indiqué qu’elle rencontrait beaucoup de personnes qui travaillaient 6 mois pour acquérir des droits puis restaient 6 mois au chômage en refusant toutes les propositions d’emploi parce qu’elles gagnent autant à rester chez eux en touchant les ASSEDIC. Indépendamment du système même de l’assurance chômage qui, du point de vue de cette intervenante et au regard de son expérience (certes non représentative de l’ensemble), devrait être revu, cet exemple témoigne de cette perte du goût du travail, de la volonté de s’épanouir (aussi) par le travail.
Plusieurs propositions ont été formulées pour pallier à cette dérive. Certains ont proposé de développer et de valoriser le recours à l’apprentissage. « Il ne faut pas attendre de tous les jeunes qu’ils fassent des études longues » a-t-il été dit à plusieurs reprises. Il faut donc communiquer sur le fait que la valeur d’un homme ou d’une femme n’est pas proportionnelle à la longueur des études qu’il ou elle a faites, que l’on peut réussir dans la vie et s’épanouir avec un métier manuel, que l’on ne peut aimer son travail que si on le choisit et pas si on choisit juste une fonction pour les avantages qui y sont liés. L’objectif de réussite au bac de 80% d’une classe d’âge a d’ailleurs sans doute contribué, a-t-il été noté, à dévaloriser les activités manuelles vers lesquelles les jeunes peuvent être orientés dès le collège. Une intervenante qui participe à l’organisation tous les deux ans d’un forum des artisans dans lequel sont invités les élèves, pour qu’ils puissent découvrir les différents métiers, a indiqué que les parents venaient très peu, sans doute parce qu’ils ne souhaitent pas encourager leurs enfants à s’engager dans un métier manuel, du fait de cette dévalorisation culturelle.
Pour plusieurs intervenants, la revalorisation de la valeur travail est une clé fondamentale pour le développement de la performance du pays. C’est en effet en aimant son travail que l’on travaillera mieux, que l’entreprise ou l’administration sera plus performante, et donc que le pays sera plus performant.
Dans cette perspective, l’un des intervenants a proposé de multiplier les initiatives qui existent déjà et qui permettent d’ouvrir les jeunes sur l’extérieur, de faire entrer d’autres acteurs que les professeurs dans les écoles : des élus, des associations, des représentants des différents métiers. Il faut multiplier les échanges entre les jeunes et les entreprises et administrations dans tous les sens ont affirmé plusieurs intervenants : que les jeunes aillent visiter des établissements, rencontrer des acteurs professionnels, que des professeurs aillent dans les entreprises pour mieux appréhender ce milieu. Un chef d’entreprise a raconté qu’une enseignante était venue pendant 3 semaines dans son entreprise pour en comprendre le fonctionnement et qu’elle en avait été stupéfaite, que « ce qu’elle avait vu ne correspondait pas du tout à l’image qu’elle en avait ». Le Club des Entrepreneurs a, dans le même esprit, édité un CDRom sur « la bibliothèque des métiers de Château-Gontier » qui présente 113 métiers avec à la fin de chaque descriptif le nom et les coordonnées d’un professionnel qui s’est engagé à répondre à tous les jeunes qui le contacteront pour avoir des précisions. Il s’agit d’une action locale dont la multiplication peut créer plus d’échanges, de lien social et de performance. C’est le fait d’échanger qui permet de faire progresser chacun, de créer des liens et de faire évoluer la société vers plus de justice et plus de performance.
Il faut également que le travail soit le principal moyen de gagner de l’argent et de s’épanouir, et qu’il soit perçu comme tel, a proposé quelqu’un : « Il ne faut pas que l’on puisse gagner plus d’argent en restant chez soi qu’en allant travailler. »
Certains sont même allés jusqu’à dire que c’est le goût de l’effort qui tend à disparaître, dans le travail comme dans tous les domaines. Il semble que les individus ne veulent pas s’impliquer ni dans le travail, ni dans le monde associatif, ni dans une quelconque forme d’engagement qui demanderait de faire un effort et de renoncer à ne s’occuper que de soi. Les jeux télévisés et plus encore les émissions de télé-réalité confirment les jeunes dans cette conception de la vie, dans laquelle on peut gagner beaucoup d’argent (et donc être heureux ?) sans faire d’efforts.

Définition de la perfomance


Dans ce contexte, comment faire évoluer la société vers plus de justice et de performance ? L’assemblée réunie s’est surtout exprimée sur la dimension « performance ».
Les participants sont revenus à plusieurs reprises sur la définition de la performance. Un consensus s’est dégagé sur le fait que la performance ne peut être que relative à des objectifs. Avant de définir comment rendre la société plus performante il convient donc d’abord que la société se fixe des objectifs dans lesquels elle peut, et chacun peut, se reconnaître.
Certains ont indiqué que notre République s’est déjà donné des objectifs à travers le préambule de la Constitution, la devise de la France - Liberté, Egalité, Fraternité - ou encore la Constitution elle-même.
Pour d’autres, ces textes représentent bien un socle de valeurs mais ne constituent pas des objectifs opérationnels permettant de mesurer une performance. La performance se mesure, ont insisté certains, non pas de façon globale mais au cas par cas. Il faut donc préciser les objectifs.
« Pour qu’un problème soit résolu, il faut d’abord qu’il soit bien posé. Or, aujourd’hui, on tente d’apporter des réponses sans poser le problème. » a indiqué l’un des participants, faisant ainsi apparaître une deuxième condition de performance : la capacité de la société à réaliser de façon collective et partagée des constats sur les enjeux importants avant de chercher à y apporter des réponses. Un autre intervenant a fait remarquer que le constat collectif préalable n’avait pas été fait sur les retraites, ni d’ailleurs sur le chômage. Les risques, si l’on ne réalise pas cette étape, sont d’une part le rejet des solutions « trouvées » par une grande partie des acteurs, parce qu’ils n’étaient pas d’accord sur le constat préalable, et d’autre part une incapacité à imaginer des solutions nouvelles qui adressent les problèmes au fond. Là réside une troisième clé de performance : faire preuve d’innovation, d’inventivité, ne pas se contenter de reproduire toujours les mêmes solutions. Selon certains, la principale difficulté de la société réside aujourd’hui dans ce troisième point : être capable d’entendre toutes les informations mais aussi toutes les idées et les propositions sans parti pris.
La performance est trop souvent synonyme de quantité, a-t-il été dit par plusieurs personnes, alors qu’elle devrait être synonyme de qualité. Une société performante est donc, si l’on choisit cette seconde vision, une société qui sait générer de la qualité dans tous les domaines. Cela suppose une vision de ce que l’on souhaite à l’avenir, quelques repères et un mécanisme de participation qui permette de définir avec les citoyens comment décliner la vision en projets concrets.
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’associer les citoyens à la réflexion a priori sur la question du « comment construire une société plus juste et plus performante ». Les risques sont multiples si l’on continue à écarter les citoyens de la réflexion : qu’ils contestent de plus en plus les orientations choisies, soit a priori parce que n’ayant pas été consultés, soit par incompréhension parce que n’ayant pas réfléchi ; que les décisions prises ne soient pas appliquées ; que le mécontentement général aille croissant.
Si l’on prend le modèle de l’entreprise, a précisé un chef d’entreprise, à égalité de moyens et de champs de concurrence, l’entreprise la plus performante sera celle qui a des valeurs et qui sait gérer ses relations humaines. Car la performance se définit bien sûr à travers des chiffres (chiffres d’affaire, rentabilité, productivité, …) mais aussi et surtout à travers et grâce à des hommes et des valeurs. Une entreprise performante est une entreprise qui sait fidéliser ses salariés, qui les respecte et qui est en retour respectée par eux, au sein de laquelle chacun souhaite faire le mieux possible pour faire progresser l’entreprise dans sa totalité.

Comment faire évoluer la socété

La Présidente de la communauté de commune de Château-Gontier a rappelé que personne n’aime le changement ni ne veut le conduire, surtout quand il bouscule des intérêts particuliers. Les attentes des citoyens portent d’ailleurs généralement sur les conséquences et pas sur les causes. Les français ont peur de la réforme, peur de perdre leurs acquis, or, « sans réformes, tout le monde perdra. »
Un consensus est apparu sur le fait que les principales clés de la réforme sont le développement de la citoyenneté et de l’engagement, une plus grande place pour les associations et surtout un développement des processus participatifs.

Témoigner pour développer l’engagement
Pour certains, la force du témoignage de ceux qui s’engagent peut permettre le développement de la citoyenneté et de l’engagement. Un intervenant a indiqué qu’il faudrait « que chaque individu engagé devienne un militant de l’engagement au quotidien ». Il faudrait organiser des témoignages dans les écoles, les lycées, tous les lieux où l’on peut trouver des jeunes, leur faire ressentir la passion de l’engagement et leur faire comprendre que lorsqu’on s’engage on reçoit 10 fois plus que ce que l’on donne.

Le rôle des associations
Il faudrait, a indiqué l’un des participants, donner plus de poids aux associations, organiser leur prise de parole dans les médias mais également dans la sphère politique. Les associations peuvent être un levier crucial pour la réforme dans la mesure où elles sont à la fois un corps intermédiaire entre les citoyens et les politiques et à la fois un vivier de citoyens engagés qui souhaitent faire progresser l’intérêt général. L’une des clés serait donc de resserrer le lien entre les politiques et les associations pour définir des projets optimisés et répondant réellement aux problèmes de fonds de la société.
Cela suppose que les associations se fassent connaître et se fassent entendre. Un responsable associatif a ainsi insisté sur l’importance pour chaque association de s’impliquer dans un réseau local, régional ou national, qui permette de donner du poids à son discours et à ses propositions.
L’une des difficultés du monde associatif, a fait remarquer l’un des participants, est que ce sont toujours les mêmes individus qui s’engagent et qui du coup se retrouvent à la tête de plusieurs associations, et donc à l’origine des nouveaux mouvements. « Le carriérisme associatif dénature l’engagement et la passion initiale ». Par manque de relève par de nouveaux « engagés », certains, de plus en plus nombreux, en viennent à cumuler les mandats, à occuper des fonctions plus qu’à servir une cause et perdent ainsi progressivement l’énergie, l’enthousiasme, deviennent sans le vouloir des « fonctionnaires associatifs » au lieu d’être des missionnaires ou des entrepreneurs.

La nécessité du dialogue, du débat, des processus participatifs
Qu’il s’agisse de la complexité croissante des problèmes de société, du règne de l’urgence, de la perte de la valeur travail ou de la recherche de performance, les solutions proposées par les participants convergent toutes vers un développement du dialogue et des processus participatifs.
Un certain nombre de points positifs ont été relevés dans ce domaine : les 36 000 communes françaises sont des espaces de dialogue et de création de lien social, ont indiqué certains, plus de 500 000 français s’y engagent comme conseillers municipaux, donnent des heures pour leurs concitoyens et débattent de l’intérêt général. Par ailleurs, il existe en France de multiples lieux de réflexion. Outre les conseils municipaux, les conseils et comités de quartiers qui existent dans les grandes communes, les conseils économiques et sociaux régionaux, qui regroupent des représentants de la société civile, le conseil économique et social national et l’ensemble des associations réunissent des personnes qui réfléchissent ensemble aux problèmes de société et aux moyens de faire évoluer cette société.
Le Sénat et l’Assemblée Nationale sont aussi des lieux réflexion a fait remarquer un autre intervenant, mais pourtant les constats qui y sont fait ne sont pas toujours partagés. Les travaux des conseils économiques et sociaux sont parfois repris par la sphère politique mais cela demeure assez rare, comparativement à la somme de sujets qui y sont traités. Ce ne sont donc pas les lieux de réflexion qui manquent en France mais les mécanismes de partage des constats par le plus grand nombre. Ce même intervenant a proposé comme axe de solution sur cette dimension de développer la pratique du référendum mais en se donnant les moyens de faire partager l’information avant de demander à la population de se prononcer sur une question, en organisant par exemple sur les thèmes importants de vastes campagnes d’information à travers les médias.
Une intervenante a indiqué qu’il existe un espace public obligatoire de débat et d’action sur la sphère sociale : le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS). Chaque mairie a en effet pour obligation d’en avoir un, il faut les faire revivre et s’assurer qu’ils sont de vrais lieux d’échange et de participation sur des thèmes précis et concrets. Un autre intervenant a répliqué que « les CCAS n’[étaient] pas des lieux de débats mais des réunions d’une quinzaine de personnes autour d’une table », représentatifs de ce que l’on nomme aujourd’hui des « espaces de dialogue » : une multitude de débats confinés, qui ont lieu au sein de petits cercles et dans lesquels le dialogue n’est absolument pas ouvert au grand public. Il faut donner la possibilité aux citoyens qui le souhaitent de venir parler, écouter, dialoguer. L’enjeu n’est pas de multiplier les lieux de réflexion mais d’organiser une réelle possibilité de participation pour tous les citoyens. Certains ne voudront pas venir mais chacun saura qu’il a la possibilité de le faire. Il s’agit donc d’inventer tout à la fois un processus de responsabilisation et de participation au repérage des informations et à l’identification de propositions innovantes dans lequel ne pas s’informer ou ne pas s’exprimer relèvera de la seule responsabilité individuelle.
Plusieurs participants ont souligné que le problème est que les français, d’une manière générale, se plaignent du monde politique mais ne font pas l’effort d’aller participer, d’aller s’exprimer quand cela est possible : dans les associations, dans les conseils municipaux qui sont ouverts à tous, dans les conseils de quartier. Pour développer la participation, il faudrait faire mieux connaître le fonctionnement d’un système qui la rendrait possible et surtout montrer que participer peut servir.
Certains ont par ailleurs indiqué qu’il faut s’astreindre à donner d’abord un petit rôle à chacun, leur montrer que leur action a un impact et que c’est la somme de toutes les actions qui permet d’aboutir au résultat. Un intervenant a ainsi expliqué que dans le cadre de la Jeune Chambre Economique à laquelle il adhère, les participants sont réunis par mission, chacun apportant un peu, avec un socle commun de valeurs. C’est ce modèle qu’il convient selon lui de développer : se mettre d’accord sur des valeurs, sur une vision commune, et ensuite donner à chacun un rôle pour construire ensemble.

La nécéssité d'une vision


Un constat a recueilli une large adhésion auprès de l’assemblée : la définition d’une vision est indispensable à la performance, car c’est elle qui donne de la cohérence aux choix et les rend lisibles par l’ensemble de la population. Certes, il faut ensuite décliner cette visions en stratégie, puis en tactique, puis en actions concrètes, dont on doit ensuite contrôler la mise en ½uvre pour pouvoir s’améliorer en permanence. Mais surtout, l’objet des élus, politiques ou associatifs, est de renvoyer à la société des questions et pas forcément des réponses, a indiqué une responsable associative. Ils doivent inviter les citoyens à venir réfléchir tout en acceptant que certains ne s’engagent jamais et restent spectateurs. L’important n’est pas la quantité de participants mais la qualité et surtout la possibilité pour chacun de venir dans la réflexion et/ou l’engagement s’il le souhaite.

 

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